Un Noël, juste pour elle

 In JOAILLERIE, MAKING OF, MODE, PHOTOGRAPHIE

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Elle s’appelle Gloria. Elle n’a plus et pas encore d’amour dans sa vie. Une vie qu’elle gagne très bien d’ailleurs. Noël, quand on est seule, ce n’est pas toujours très gai, sauf quand on s’appelle Gloria et qu’on a décidé de se fêter comme la princesse que l’on est dans la suite 211-212 de Beau Rivage. Making of à la manière d’un conte de Noël. – Isabelle Cerboneschi.

 

Elle s’appelle Gloria. Tout ça parce que sa mère a rencontré son père en boîte alors que Patti Smith éructait: G.L.O.R.I.A. Elle sera éternellement reconnaissante à ses parents de s’être abstenus de danser sur les chansons de Dave, sinon elle se serait appelée Vanina et elle aurait détesté ça.

Gloria, au moins, niveau panache ça en jette, ça fait Gloria Mundi, Gloria in excelsis Deo, Gloria Lasso. Ah non, mauvais exemple.

Gloria est curatrice d’art. Son métier consiste à découvrir de jeunes artistes inconnus et faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu’ils ne le restent pas (inconnus). Elle n’est attachée à aucune une galerie, aucun musée. Les attaches, elle déteste cela. Elle a la chance de posséder un carnet d’adresses empli des numéros de téléphone des collectionneurs les plus fortunés de la planète qui ont confiance en son regard et en ses intuitions. Son carnet, c’est son trésor.

Elle voyage 180 jours par an: Bâle, Miami, Paris, New-York, Cologne, Venise, Bruxelles, Madrid,… Les voyages, ça forme peut-être la jeunesse, mais ça déforme les histoires d’amour, et même celles de désamour. Elle venait juste de décoller de Zürich quand son mari lui a envoyé un SMS pour lui dire qu’il la quittait. Il s’était dit qu’il avait quatorze heures devant lui pour faire ses malles et décamper. Et c’est ce qu’il a fait, emportant au passage la dog sitter dans ses bagages. Le chien aussi. Serendipity, qu’il s’appelle, le chien. Un nom qui le prédestinait à accepter tout ce qui vient, même un déménagement impromptu.

A son arrivée dans l’aéroport de Tokyo Narita, quand elle a reçu le message de celui qui allait bientôt devenir son ex-mari, Gloria s’est mise à faire une danse de sioux, comme si elle était seule, comme si elle venait d’avoir 18 ans. Enfin libre! Elle qui ne savait plus comment mettre fin à ce mariage moisi, pouvait s’épargner la tâche pas très commode de renvoyer son mari devenu au fil des ans jaloux de sa vie, de son chiffre d’affaires, de sa liberté, de tout ce qu’elle était. Bref, un boulet qui partait toujours en sens inverse de là où elle voulait aller. Enfin elle allait pouvoir s’endormir en diagonale dans son lit king size.

Cela fera 3 mois à Noël qu’il est parti: un 24 septembre. Il fallait fêter ça. Pourtant leur histoire avait été belle. Ils s’étaient rencontrés à l’Université de Genève où ils étudiaient tous les deux les sciences économiques. Ils s’étaient assis l’un à côté de l’autre le premier jour des cours et ne s’étaient plus jamais quittés. Jusqu’au 24 septembre dernier. Ils étaient  jeunes, ils étaient beaux, ils sentaient bon le No 22 pour elle, et Grey Flannel pour lui. Ils étaient un peu fous aussi. L’un de l’autre surtout. Une sorte de conte de fée, sauf que les contes s’arrêtent en général là où commence le réel. Et le réel, ça use l’amour.

Elle hésitait entre fêter Noël à Londres, Paris ou bien New York. Finalement, elle a préféré Genève. Et pourquoi pas s’offrir le luxe de dormir une nuit dans un palace, dans sa propre ville? Le seul qui la faisait rêver, c’était Beau Rivage. Sissi avait beau y avoir trépassé, le palace était riche de bien d’autres histoires propres à nourrir l’imaginaire de ceux qui décidaient d’y faire escale. Elle a opté pour la suite 211-212. On lui avait dit que Louis II de Bavière l’avait visitée. Sa présence s’était-elle imprimée dans les miroirs?

Dans cette suite, en 1918, le philosophe tchèque Thomas Masaryk avait signé le traité entérinant la création de la Tchécoslovaquie. Quelques mois plus tard, ce leader indépendantiste devenait le premier président de la République Tchécoslovaque, un poste qu’il occupera jusqu’en 1935. Or donc un leader indépendantiste avait choisi cette suite pour entériner un nouveau départ. Gloria ne pouvait passer à côté de la portée symbolique de cet acte… 

Elle avait réservé une table pour une personne au Chat Botté, le restaurant gastronomique doté d’une étoile Michelin de Beau Rivage, pour 20h30. Elle avait glissé dans ses bagages ses tenues préférées, dont une robe de vestale couleur d’or. Elle avait vidé son placard à chaussures afin de pouvoir arranger les plus belles devant la cheminée. Elle ne croyait plus au Père Noël depuis longtemps mais pas question de faire l’impasse sur le rituel de la cheminée. Elle avait emporté ses parures et ses joyaux à l’abri d’un petit coffre de voyage. Elle voulait être à la hauteur de cette rencontre avec elle-même: son premier Noël en solo.

Elle a longuement hésité entre sa robe Balenciaga ou la Chanel couleur or, son collier serpent Bulgari, sa manchette Piaget ou ses bijoux signés Suzanne Syz. Gloria a décidé de laisser les cartes choisir. Aucune réponse précise des tarots, mais son jeu était prometteur. Elle a commandé une bouteille d’Echezeaux du domaine de la Romanée Conti en se disant qu’in Vino Veritas et que cela l’aiderait à affiner son choix. Mais les heures passaient, la bouteille se vidait et finalement elle a annulé la table et a commandé des pâtes à l’arrabiata au room service. Pourquoi quitter sa chambre, quand on s’y trouve si bien?

Minuit est arrivé tout en douceur. Sur la cheminée, Gloria avait pris soin de déposer un écrin relié de cuir rouge enveloppé de papier blanc et scellé à la cire. Elle l’a décacheté. A l’intérieur: une parure de diamants signée Cartier. Son cadeau, sa merveille, sa récompense. Personne n’avait jamais su lui offrir un bijou qui soit à son goût . Elle a accroché le collier autour de son cou gracile, a posé les motifs d’oreille sur la table de chevet, et s’est jetée sur le lit au dais bleu, espérant que le meilleur était encore à venir. Rien de grave ne peut arriver quand on dort face au Léman, à l’abri d’un dais bleu…

 

Un immense merci à Aimée Hoving & Marc Amiguet (photographies & art direction), Gieri Cosson (assistant). Pascale Hug (stylisme), qui ont mis cette histoire en scène. Ainsi qu’à toute l’équipe de Beau Rivage, et notamment Monsieur Mayer, pour leur merveilleux accueil en ce lieu chargé d’histoire et d’histoires.

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