English English French French

Versailles hors du temps

27 novembre 2017

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Versailles revit, Versailles renaît. Habits français, culottes, vestes brodées, justaucorps, lavallières ou encore redingotes à boutons martelés, Nicolas Ghesquière en fait son obsession et fait descendre la cour de Louis Vuitton dans la rue, pour son défilé printemps-été 2018. Mais Versailles nous a-t-il déjà réellement quittés? Ses fantômes hantent l’histoire depuis des siècles: histoire de la mode, histoire du luxe, histoire de l’architecture, l’histoire avec un grand H! Versailles c’est Marie-Antoinette, Louis XIV, Jules Hardouin-Mansart, André le Nôtre, Vigée le Brun, Molière, Rose Bertin, tant de personnalités qui font la renommée artistique et culturelle de la France. Versailles c’est une bougie Cire Trudon, un vêtement Louis Vuitton, un macaron LaDurée, un patrimoine que le luxe estampille depuis des décennies pour en faire son emblème. Versailles c’est tout ce qui nous entoure et plus. Versailles est en nous, depuis toujours. – Jean Privé.

C

e palais immense dont la façade du côté des jardins est ce qu’il y a de plus beau dans le monde”. C’est ainsi que Voltaire décrit le Château de Versailles dans son recueil Fragments sur l’histoire générale publié en 1773. Ce château que l’on attribue au Roi Soleil Louis XIV, trouve en réalité son origine en 1623 avec Louis XIII qui en fait son relais de chasse. C’est seulement en 1682 que Louis XIV le transforme en un somptueux château qui devient alors sa résidence principale. Sa cour s’y installe, le lieu devient le théâtre de cérémonies prestigieuses et les rénovations des jardins puis de la galerie des glaces réalisées par les maîtres d’œuvre les plus fins, lui offrent toute la flamboyance qu’on lui attribue encore aujourd’hui. Quelque 7,7 millions de personnes ont visité le château l’année dernière.

Son histoire et ses frasques deviennent sources d’inspiration tant elles déchaînent les passions en France comme à l’étranger. La série Versailles réalisée par Simon Mirren et David Wolstencroft qui a vu le jour en 2015 sur Canal + en est la preuve. Première série de l’histoire du petit écran à s’exporter aussi rapidement, dans 135 pays en 2 ans. Sur la chaine britannique BBC, 1,2 million de téléspectateurs étaient présents en moyenne par épisode diffusé pendant la première saison. Il faut dire que la série met le paquet, avec un budget royal à l’image du règne dont elle s’inspire: 27 millions d’euros pour 10 épisodes. Une véritable cour de coiffeurs, maquilleurs, costumiers, qui n’a rien à envier à celle de Marie-Antoinette.

Et pourtant on parle de Marie-Antoinette, la véritable première fan de mode, shopping addict et influenceuse des temps modernes. Sous la houlette de sa « Ministre des Modes », Rose Bertin, une armée de plumassiers, brodeurs, perruquiers, tisserands, s’attelaient chaque jour à lui confectionner les plus belles parures. Jamais une femme n’avait autant été l’image et l’égérie du savoir-faire à la française. Elle ne reportait jamais la même robe une seconde fois, c’était une règle stricte. Avant-gardiste sur tout, même sur le choix de sa costumière, la première success businesswoman de l’histoire de la mode.

Partie de rien, Rose Bertin monte son entreprise toute seule et devient rapidement la coqueluche des bourgeoises de l’époque avant de devenir la costumière attitrée de la reine. Elle est la première à libérer d’une certaine façon les femmes avec sa robe à la polonaise dont le « cul » remplace le panier contraignant. Et comme le dit si bien Laurence Benaïm dans son dernier ouvrage Versailles et la mode, publié aux éditions Flammarion, « Marie-Antoinette, c’est un style, c’est déjà une allure ». La reine attise la jalousie, enchaîne scandale sur scandale, l’objectif avant tout : être au centre de l’attention.

Dans son ouvrage Versailles et la mode, Laurence Benaïm, biographe d’Yves Saint Laurent, retrace en majesté son parcours, de son règne à Versailles à son règne chez Dior et à Hollywood. Cette icône de Versailles, hantait les créations de John Galliano chez Dior qui lui rendait hommage dans quasi chacune de ses collections à coûts de volants somptueux, de roses réinterprétées ou de grandes coiffes. Il célèbra les 60 ans de la maison Dior à Versailles avec les plus grands mannequins de l’époque, Naomi Campbell en tête. Une évidence quand on sait que la reine était la principale source d’inspiration de Christian Dior lui-même.

Karl Lagerfeld ne se cache également pas de son admiration envers elle. Sous sa main, les tweeds semblent sortir du boudoir de Marie-Antoinette. En 2012, il fait défiler dans les jardins du Château de Versailles la collection Chanel Métiers d’Art, où les manteaux de tweed se transformaient en grandes robes de bal. Quelques mois plus tard, Lady Gaga fête la nouvelle année dans l’une des créations du créateur, Marie-Antoinette se retrouve dans l’ère du digital. Les plus contemporains des créateurs la fantasment, à l’image de Rei Kawakubo pour Comme des Garçons et sa collection fantomatique White Drama. Kirsten Dunst l’interprète dans le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola. La reine est la star à Tokyo, en 2017, de l’exposition Marie-Antoinette, une reine à Versailles, à la Mori Arts Center Gallery.

Les services marketing mettent en avant leur passé historique avec Marie-Antoinette ou Versailles. « Ce sont les bougies de la reine » se vante Cire Trudon. Les macarons Ladurée, pour avoir fait une apparition dans le film de Sofia Coppola, deviennent les macarons de la reine. On ne compte plus le nombre de personnes qui à ce jour font la queue devant les boutiques parisiennes de la marque pour obtenir leur set de macarons.

Trump a voulu reconstituer un petit Versailles dans son appartement new-yorkais recouvert à la feuille d’or, pour lui c’est « le luxe ultime » dit-il. La folie des grandeurs ! Et cette folie, ce désir que Versailles suscite dans tous les domaines et toutes les classes sociales, Nicolas Ghesquière l’a bien compris. Il livre une collection printemps-été pour Louis Vuitton fantastique où la cour de Versailles devient la rue, terrain de jeu du XXIème siècle. Dans l’enceinte du Louvre, les redingotes brodées sont à découpes sportswear, les culottes se transforment en shorts à taille élastique, les robes de bal sont courtes et en cuir et les baskets remplacent les souliers. Le plus bluffant ? Les robes fluides d’une légèreté inouïe et dont les fronces à la taille accompagnées d’un savant système de nœuds et découpes, traduisent la silhouette du corset. Versailles et Marie-Antoinette rayonnent à jamais, pour l’éternité.

À lire : Versailles et la mode, écrit par Laurence Benaïm et publié aux éditions Flammarion, 2017

English English French French