Les objets artistiques non identifiés de Xénia Laffely

 In ART, CULTURE, EXPOSITION, MODE, PEINTURE, PERSONNALITÉ

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Sainte Xenia and Louise.

Xénia Laffely est une artiste qui utilise plusieurs média pour exprimer son univers intérieur et ses rêves éveillés: elle a commencé par la mode, mais ce n’est pas son seul champs d’action. Elle utilise aussi la céramique, les tissus, la peinture, entre autres. Une exposition dédiée à ses couvertures, véritables manifestes de lits, ouvre ses portes aujourd’hui, à Strawberry Fields. Avec sincérité, l’artiste explique son processus créatif qui fait son unicité.  – Isabelle Cerboneschi.

 

Comment définir le champs d’action d’une artiste quand celle-ci touche à tout avec un même bonheur: la mode, le dessin, la peinture, la céramique, la création de tissus, et que sais-je encore. « Je n’arrive pas toujours à comprendre ma relation avec la mode et avec toute autre forme de création: je suis ultra-curieuse, autant intellectuellement que manuellement et il m’est impossible de prêter fidélité à une seule chose », dit-elle. Notez qu’elle dit « prêter », et non « donner », ce qui sous-entend bien la versatilité de sa fidélité, même si Xénia Laffely revient toujours à ses amours.

Mais est-ce nécessaire, au fond, de définir une artiste par le medium qu’elle a choisi? On est artiste comme on respire, c’est en soi, et cela passe au dehors de soi lorsque l’on crée, qu’il s’agisse d’un objet, d’un vêtement, d’un dessin, d’une couverture, que sais-je encore.

Xénia Laffely, adore la mode, c’est sa formation: elle fut l’une des finalistes du Festival International de mode et de photographie de Hyères en 2013 et a obtenu son master en design de mode en 2016, à la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD), à Genève. Mais elle n’a de cesse de tourner autour d’autres formes d’expression. Elle entretient actuellement un rapport assez conflictuel avec la mode, pas trop convaincue de l’adéquation de cette industrie avec ses propres valeurs, qu’elles soient humaines ou écologiques. « Après mon master, j’ai pris conscience que la mode n’était pas une finalité en soi, dit-elle. C’est un médium en plus, que j’ai la possibilité d’utiliser pour exprimer mon univers et ma sincérité. Mais je n’arrive pas à dissocier ce que je fais en mode, en céramique, en dessin, et tissu: je n’arrive pas à en renier un, j’ai besoin de tous ces moyens-là. »

 

Mon travail artistique serait comme un rêve dont je me souviendrais…

 

Son processus créatif se nourrit de tout, de la radio, des films, de ses lectures. Elle dessine dans ses livres, même lorsque ceux-ci sont théoriques, elle met en exergue des phrases, et par les chemins de traverse que prend son esprit, elle les associe, elle en fait des compositions visuelles auxquelles elle donnera une forme, quel que soit le medium choisi. « Il m’est difficile de donner une définition à mon travail dit-elle, parce que ce que je crée ne rentre pas dans une case précise.»

Xénia Laffely semble avoir été investie de plusieurs vies, ou de plusieurs âmes. Elle possède à la fois une densité phénoménale et les airs éthérés d’un elfe, comme si elle venait d’ailleurs. Quand je le lui fais remarquer, elle rit: « Quand j’étais petite je portais un médaillon et je m’imaginais que comme cela mes parents alien pourraient me retrouver. A part quand je crée, j’ai beaucoup de mal à m’ancrer dans la vie quotidienne. J’ai l’impression que je vis toujours ailleurs, et qu’ici, ce n’est pas ma place. Mon travail créatif est mon point d’ancrage.»

L’artiste voudrait tout faire, tout essayer, tout créer, or les journées ne durent que 24 heures pour tout le monde. Et cela ne lui suffit pas. «J’ai une insatisfaction chronique qui me pousse toujours à faire d’autres choses.»

Dans la mode, elle dit qu’elle aime regarder les gens marcher, les voir porter des matières et des couleurs sur eux. « C’est fou qu’une chose aussi simple soit aussi puissante! La mode fait appel à tous les sens. Je trouve cela très émouvant.» La mode en marche pourrait bien être une performance en soi. « Créer un vêtement, c’est la meilleure manière que le corps devienne porteur au sens physique d’un message et j’adore cette idée-là. »

L’art vit à travers elle, ou elle vit à travers lui. Ses sens se mêlent et s’emmêlent pour donner naissance à une œuvre unique et multiple. Son monde intérieur prend toute la place. Tout cela est vital. « Rien n’est vide de sens, je ne fais pas d’exercices formels. Je mets toujours dans mes créations quelque chose de magique, une part de moi. J’accepte que cela ne plaise pas à tout le monde. Mais cela me rend triste, parfois. »

Xénia Laffely crée comme elle respire. « Mon travail artistique serait comme un rêve dont je me souviendrais et que j’aurais réussi à matérialiser… »

 

Xénia Laffely. Photo: © Lea Kloos.

 

Couverture Charlotte.

 

Couverture Emma.

 

Gaby and Hari.

 

Collection Keep your legs closed and your bible open. Photo: ©Manon Wertenbroek.

 

Collection Tu n’auras pas d’autre icone que moi et tu mangeras ton père. Photo: © XéniaLaffely.

 

Collection Tu n’auras pas d’autre icone que moi et tu mangeras ton père. Photo: ©Daniel Grazina.

 

Les Manifestes de lits de Xénia Laffely

Photo: © Charlotte Krieger.

« Une couverture est à la fois un support d’image idéal en terme d’espace et un objet usuel et réconfortant, explique Xénia Laffely. Symboliquement, elle fait référence à la notion d’intimité et de chez soi. Le lit est une géographie limitée où l’être peut alors exister nu au sens propre comme au sens figuré. Souvent « délégitimé », cet espace intime est pourtant essentiel puisqu’il permet de s’affranchir du regard des autres et d’acquérir une forme de liberté ultime.

Chaque couverture de ma collection est inspirée par une femme, fictive ou réelle, appartenant à mon «matrimoine» personnel. Ce projet est à la fois une mise en scène subjective et valorisante de ces figures et de cet héritage collectif, une possibilité de safe·rest place portative et un manifeste pour le lit comme espace légitime de vie.

Mon travail textile est caractérisé par un aller-retour constant entre la main et la machine, associant l’efficacité de l’impression textile digitale à une dimension artisanale plus irrégulière et intrigante.

La première étape de mon travail est la réalisation de dessins digitaux que j’imprime et sur lesquels j’interviens à la main, ou l’inverse. Ces compositions hybrides sont ensuite imprimées sur tissu puis enrichies de nouveaux tissus à la manière d’un patchwork. Des broderies faites à la machine ou à la main viennent ensuite complexifier le vocabulaire textile de l’image initiale et, enfin, le matelassage fixe définitivement cette composition visuelle devenue « texturelle. » 

La collection de couvertures de Xénia Lafelly sera présentée à Strawberry Fields, dans une scénographie imaginée par Manon et Célia du Bureau Sacha Von der Potter. L’exposition sera visible du 3 mai dès 18h au 5 mai  à l’Espace Témoin, rue des Vieux Grenadiers 10, Bâtiments G (2ème), Genève.
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