Christian Dior X Azzedine Alaïa, dialogue entre deux maîtres

Il ne reste que quelques jours, jusqu’au 17 mai pour voir l’extraordinaire exposition LA COLLECTION DIOR D’AZZEDINE ALAÏA à La Galerie Dior doublée de l’exposition AZZEDINE ALAÏA ET CHRISTIAN DIOR, DEUX MAÎTRES DE LA COUTURE à la Fondation Alaïa, jusqu’au 21 juin à Paris. Ces deux événements démontrent comment se tissent les influences. Isabelle Cerboneschi

Azzedine Alaïa aimait la mode, totalement, follement, passionnément depuis son plus jeune âge. Non content d’avoir écrit l’un des plus fascinants chapitres de l’histoire de la mode, il collectionnait les vêtements de couturiers de manière pléthorique dans l’idée de préserver un patrimoine fragile. Sa collection compte 20’000 pièces.

Azzedine Alaïa a commencé à la constituer dès 1968, alors qu’il n’était pas encore le grand couturier qu’il est devenu et que ses moyens étaient limités. Il a débuté par des pièces de Cristobal Balenciaga, essayant de sauver une partie de son précieux héritage lorsque la maison de couture a fermé ses portes en mai 1968. Il en parlait volontiers, d’ailleurs. Mais ce que l’on sait moins, c’est le trésor de guerre signé Dior qu’il avait accumulé au fil des décennies: plus de 600 pièces.

LA COLLECTION DIOR D’AZZEDINE ALAÏA, scénographie ©Adrien Dirand

Azzedine Alaïa admirait Christian Dior dont il avait découvert les créations dans les magazines de mode alors qu’il était adolescent. Dès son arrivée à Paris, en juin 1956 et grâce à l’aide de Madame Lévy-Despas, qui était cliente chez Dior, cet étudiant des Beaux-Art de Tunis avait décroché un stage au sein de la maison de couture. Il n’y restera que cinq jours mais ce fut suffisant pour s’imprégner d’un esprit.

Grâce à la collaboration de Dior Héritage, qui a participé à leur identification, 101 pièces signées Dior appartenant à la Fondation Alaïa sont présentées depuis fin novembre 2025 à La Galerie Dior à Paris: des robes créées par Christian Dior et par ses successeurs, Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré et John Galliano. Les quarante autres vêtements dessinés notamment par Raf Simons, Maria Grazia Chiuri ou encore Jonathan Anderson présentés dans l’exposition, appartiennent au patrimoine de Dior.

Scénographie © Adrien Dirand

Mais avant de commencer la visite, revenons à un moment crucial de l’histoire de la mode. Nous sommes en 1946, un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’économie française est au plus mal. Un galeriste d’art nommé Christian Dior, issu d’une famille normande fabriquant des engrais, avait été approché par l’industriel textile Marcel Boussac, afin de créer une maison de couture portant son nom. Il s’agissait alors de relancer l’industrie du tissu alors que les Français sortaient à peine d’une longue période de restrictions marquée par les tickets de rationnement.

L’étoile fétiche de Christian Dior qu’il a trouvée en 1946, ©Isabelle Cerboneschi

La légende raconte que le 18 avril 1946, alors qu’il se rendait à un rendez-vous avec Marcel Boussac, Christian Dior a trébuché sur une étoile en métal qui s’était détachée d’une voiture à cheval. Cet homme superstitieux a pris ceci comme un signe du destin et cette étoile, devenue l’un des codes de la maison, l’a suivie jusqu’à son dernier souffle en 1957. Cet objet symbolique ouvre l’exposition juste à côté du fameux tailleur Bar présenté par Christian Dior lors de son premier défilé qui a eu lieu dans les salons de sa maison de couture du 30 avenue Montaigne, le 12 février 1947. Cette silhouette reconnaissable entre toutes fait partie de cette première collection que Carmen Snow, la puissante rédactrice en chef du Harper’s Bazaar, avait baptisée « New Look ».

Le tailleur Bar créé en 1947 par Christian Dior, ©Isabelle Cerboneschi

Au fil de l’exposition, on découvre le goût d’Azzedine Alaïa pour la coupe, la définition d’une ligne – que ce soit la ligne Y de 1955, la ligne Aimant de 1956 ou la ligne Fuseau de 1957 – et son amour des étoffes précieuses. On comprend également d’où lui vient son goût pour une taille très marquée: les gaines intérieures rigides des robes de Christian Dior ont donné naissance à la taille appuyée des robes d’Azzedine Alaïa, qu’il resserrait encore grâce à des ceintures de cuir larges comme des corsets.

Scénographie © Adrien Dirand

« Les modèles de Christian Dior témoignent de la quête incessante qu’Azzedine Alaïa convoitait sans cesse. À la recherche des mystères des robes, des structures délicates qui font “tenir debout” les jupons vaporeux, il a savamment réuni les objets de ses rêveries d’adolescent », souligne Olivier Saillard, directeur de la Fondation Azzedine Alaïa.

Scénographie © Adrien Dirand

En parallèle, et jusqu’au 21 juin, on peut découvrir l’exposition AZZEDINE ALAÏA ET CHRISTIAN DIOR, DEUX MAÎTRES DE LA COUTURE à la Fondation Azzedine Alaïa. Celle-ci propose une présentation inédite des œuvres de ces deux maîtres de la couture. Une trentaine de modèles de Christian Dior collectionnés par Azzedine Alaïa sont présentés en miroir avec autant de créations de ce dernier, montrant comment l’un a pu influencer l’autre. S’établit ainsi un dialogue silencieux entre deux maîtres par delà le temps…

AZZEDINE ALAÏA ET CHRISTIAN DIOR, DEUX MAÎTRES DE LA COUTURE,  © Stéphane Aït Ouarab & © Laziz Hamani

A voir:
LA COLLECTION DIOR D’AZZEDINE ALAÏA , jusqu’au 17 mai, La Galerie Dior, 11 rue François Ier, Paris 8e. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 19h (dernière entrée à 17h30). Même si la billetterie en ligne est complète, il est possible d’acheter des billets sur place.

AZZEDINE ALAÏA ET CHRISTIAN DIOR, DEUX MAÎTRES DE LA COUTURE, jusqu’au 21 juin 2026, Fondation Azzedine Alaïa, 18, rue de la Verrerie, Paris 4e. Ouvert tous les jours, de 11h à 19h.

Les gaines intérieures rigides des robes de Christian Dior ont donné naissance à la taille appuyée des robes d’Azzedine Alaïa, qu’il resserrait encore grâce à des ceintures larges comme des corsets, © Stéphane Aït Ouarab & © Laziz Hamani