Quand les icônes de Bvlgari deviennent des sacs-bijoux

Bvlgari a lancé cette année une collection de minaudières précieuses inspirées des icônes de la Maison: Monete, Serpenti, Tubogas, Divas’ Dream et Bvlgari Bvlgari. Ces sacs, dessinés par Mary Katrantzou, Directrice Artistique de la Maroquinerie et des Accessoires chez Bvlgari, ont été conçus avec le même soin que les bijoux afin d’accompagner les femmes qui les portent lors de moments précieux, à leur image. Isabelle Cerboneschi

Mary Katrantzou, Directrice Artistique de la Maroquinerie et des Accessoires chez Bvlgari ©Bvlgari

Avant de dessiner des minaudières pour Bvlgari, la créatrice grecque Mary Katrantzou semblait déjà collectionner les mondes et les merveilles. Fille d’une décoratrice d’intérieur et d’un ingénieur textile, elle a grandi à Athènes entourée de livres d’art, de matières et d’objets précieux. Est-ce de cette enfance baignée de lumière et de beauté qu’est née sa fascination pour les ornements conteurs d’histoires? Peut-être…

Formée d’abord à l’architecture elle a choisi de réduire l’échelle de ses créations pour intégrer la prestigieuse Central Saint Martins de Londres et étudier la mode. Mary Katrantzou a su rapidement imposer son nom et son univers singulier. Ses créations vestimentaires aux imprimés colorés convoquent parfois des colliers en trompe-l’œil, des pierres imaginaires ou des ornements démesurés, faisant déjà dialoguer la mode avec les parures.

En 2024, sa nomination en tant que première Directrice Artistique de la Maroquinerie et des Accessoires chez Bvlgari semblait tomber sous le sens. En rejoignant Bvlgari, la créatrice grecque a découvert une famille esthétique, partageant avec la Maison romaine une même fascination pour la couleur, le goût du spectaculaire et un attachement profond à ses racines: grecques pour l’une, romaines pour l’autre.

Les sacs bijoux de la collection Icons Minaudière de Bvlgari ©Bvlgari

Peut-on encore parler d’accessoires après avoir découvert la collection de minaudières qu’elle a dessinée pour Bvlgari? Ces sacs-bijoux ont été conçus avec le même soin que des pièces de joaillerie. Ils brillent comme des trésors que l’on aurait retrouvés dans un palais romain et que l’on garde serrés dans le creux de la main ou à la saignée du coude. Chacun d’entre eux est une citation d’une icône de la maison: Monete, Serpenti, Tubogas, Divas’ Dream et Bvlgari Bvlgari.

Avec ses créations miniatures à la croisée de la haute joaillerie et de l’artisanat d’art, Mary Katrantzou explore une certaine idée du luxe. Elle propose un sac capable de contenir du rêve plutôt qu’un téléphone portable, offrant à celle qui le porte un temps aussi précieux que lui.

INTERVIEW

Combien de temps ce projet a-t-il germé avant de voir le jour?

Mary Katrantzou : Ce projet a mis longtemps à voir le jour. Cela fait presque un an et demi que j’ai commencé à travailler sur ces minaudières. L’été était une période idéale pour réfléchir à la vision des sacs Bvlgari.

Comment vous est venue l’idée de créer des minaudières?

En 2021, à l’occasion d’une collaboration avec Bvlgari, j’avais déjà créé des minaudières Serpenti Metamorphosis que portaient le mannequin Natalia Vodianova pour la campagne. L’idée de créer une collection de sacs de soirée précieux, ce que nous n’avions jamais fait auparavant, nous a permis non seulement de travailler sur le positionnement de cette catégorie, mais aussi d’établir un pont entre l’univers de la haute joaillerie et celui de la maroquinerie. C’est cet univers intermédiaire que je souhaitais voir Bvlgari s’approprier et qu’aucune autre marque de luxe ne peut revendiquer. Ces minaudières sont aussi précieuses qu’un bijou qui se transformerait en accessoire fonctionnel. Créer une collection entièrement dédiée au soir nous a offert la possibilité de parler non seulement du savoir-faire de Bvlgari, mais aussi de ses icônes. Bien sûr, cela impliquait de s’en tenir à une série très limitée.

Kim Ji-Won, Icons Minaudière Collection Bvlgari ©Ethan James Green

Comment avez-vous choisi ces icônes en particulier?

J’ai été initiée à l’univers Bvlgari par Laura Burdese, qui deviendra notre nouvelle PDG dès le 1er juillet. Je me suis rendue à Rome et elle m’a montré tous les symboles et les icônes de la Maison. C’est lors de cette visite que ce projet a commencé à se préciser. A l’origine, j’avais en tête davantage de symboles mais nous avons choisi de nous en tenir à des icônes dont les formes pouvaient s’adapter à des objets comme une minaudière. L’œuf cosmique de la mythologie gréco-romaine, qui symbolise le commencement des temps et la création du monde, a inspiré le modèle Tubogas. Comme je vous l’ai dit, j’avais déjà travaillé auparavant sur le modèle Serpenti. Le sac Divas’ Dream, dont le motif est inspiré des mosaïques des thermes de Caracalla, est en forme d’éventail. Le modèle Monete fait référence aux célèbres collections de bijoux sertis de pièces de monnaie romaine antiques, et Bvlgari Bvlgari, bien sûr, fait référence aux montres Bvlgari Bvlgari originales, jusqu’au centre de nacre qui s’inspire du cadran de la montre. Il y avait d’autres symboles forts mais ils ressemblaient moins à une minaudière que ceux-ci. La collection arbore des formes fortement identifiables: l’hexagone, le cercle, la tête du serpent, l’éventail. Quant à l’idée de l’œuf, elle m’est venue d’une image que j’ai trouvée dans l’un de nos livres, où le photographe avait enroulé autour d’un œuf la montre Serpenti Tubogas. C’était une image puissante en lien avec la mythologie.

Minaudière Serpenti ©Bvlgari

Vous êtes connue pour vos collections de mode à la construction architecturale et à ses ornements sophistiqués. Comment avez-vous concilié votre signature distinctive avec l’héritage romain et joaillier de Bvlgari ?

Quand on travaille sur sa propre marque, on doit être introspectif: vos idées ne peuvent pas provenir d’archives, ni d’un patrimoine vivant. On doit faire en sorte que nos créations constitueront nos archives futures. Avoir la possibilité de visiter les archives de Bvlgari, de pouvoir les examiner en profondeur et de comprendre toutes ces incroyables innovations – parce que ce qui appartient au patrimoine aujourd’hui fut autrefois des innovations – c’est quelque chose que je n’avais jamais pu faire en tant que créatrice. Ce qui est intéressant dans ce projet, et dans tous nos sacs d’ailleurs, c’est l’idée de s’inspirer de 142 ans d’intégrité en matière de design et de l’amener vers l’avenir. C’est d’ailleurs mon rôle chez Bvlgari : examiner ce qui existait et le faire évoluer.

Historiquement, les minaudières sont associées à un mode de vie sophistiqué né dans les années 1920. Avez-vous conçu celles-ci comme un accessoire de mode ou comme une pièce de haute joaillerie dotée d’une fonction ?

Je voulais que ce soit quelque chose de très unique à Bvlgari. Ces pièces sont des objets de collection. Au fur et à mesure que Bvlgari a évolué, ses symboles ont évolué et ont gagné en puissance avec le temps. Ainsi, lorsque vous achetez un sac qui n’est pas axé sur un logo mais sur un symbole, vous savez qu’ils prendront de la valeur avec le temps, tout comme les bijoux, car ils ont la même origine. Bien sûr, cela reste un sac mais le fait qu’il célèbre un symbole de Bvlgari le rend intemporel. Ce n’est pas seulement une minaudière, c’est Serpenti, c’est Divas’ Dream, c’est Tubogas, c’est Monete,… Ces sacs incarnent Bvlgari. Et puis ils mettent en lumière la beauté de l’artisanat. Nous avons fait usage de techniques que nous n’avions jamais utilisées auparavant pour des sacs. Nous avons lancé des défis à l’équipe.

Making of Serpenti ©Bvlgari

Vous évoquez les techniques et quand on regarde ces minaudières on a l’impression qu’elles ont été créées exactement comme on crée des bijoux. Est-ce le cas?

Nous avons essayé, en collaboration avec l’équipe de joaillerie, de rester très fidèles aux techniques utilisées dans les ateliers. Par exemple, pour réaliser la minaudière Tubogas, nous avons dû développer à Florence, où sont fabriqués nos sacs, les mêmes outils que ceux utilisés pour la version joaillière du Tubogas. Bien sûr, la préciosité du métal est différente – ce n’est pas de l’or pur, mais un plaquage – mais la technique, l’outillage et les proportions du Tubogas sont identiques à ceux de Bvlgari. Il en va de même pour Divas’ Dream. Les pierres semi-précieuses que nous utilisons sont des couleurs qui sont utilisées dans les collections Diva : la malachite, l’améthyste, la nacre. Et l’insertion des zircons, qui rappelle les motifs pavés de diamants, a été faite de la même manière que les bijoux. Pour réaliser ce projet nous ne nous sommes pas contentés de choisir un bijou existant et de l’agrandir pour l’obtenir dans une autre échelle. Nous nous sommes inspirés d’une pièce de joaillerie et nous lui avons donné une fonctionnalité entièrement nouvelle. C’est pour cela que ça nous a pris autant de temps. Bvlgari avait créé des minaudières extraordinaires dans les années 1930 et jusqu’à la fin du XXe siècle. Le modèle Melone en or a notamment connu un immense succès dans les années 70 et 80. Cela faisait longtemps que Bvlgari n’avait pas fait quelque chose de similaire.

Making of Diva’s Dream

Etait-ce volontaire de créer un sac dans lequel on ne peut pas glisser un téléphone?

Non, je n’avais pas pour objectif de créer une collection qui ne puisse pas contenir de téléphone. Cela ne m’avait jamais traversé l’esprit. Mais il est apparu très tôt que, comme les formes de ces modèles s’inspirent de bijoux, il aurait fallu créer une petite malle pour qu’un téléphone puisse y rentrer (rires). La structure de la pièce étant limitée, cela nous a permis de réfléchir à la façon de donner du sens à ces minaudières et de faire de cet espace restreint un élément distinctif. C’est ainsi qu’est née la la campagne « Carrying Culture » (emporter la culture dans son sac). Nous avons eu l’idée d’associer une communauté de femmes célèbres à cette collection: l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, le mannequin Linda Evangelista, l’actrice Kim Ji-won, l’actrice et mannequin Isabella Rossellini, et l’architecte Sumayya Vally. Le slogan? What can you carry in a handbag so small that a phone cannot fit? You can carry culture. (Que peut-on mettre dans un sac à main si petit qu’un téléphone n’y rentre pas ? On peut y mettre de la culture, ndlt). Cela nous a permis de parler des sacs Bvlgari d’une manière très différente, raffinée et de positionner la catégorie pour l’avenir. Chaque personnalité a partagé sa propre perception de la culture à travers son histoire et son parcours.

Isabella Rossellini, Icons Minaudière Collection Bvlgari ©Ethan James Green

C’est un geste élégant de laisser son téléphone de côté pendant toute une soirée…

Cela permet de discuter avec ses voisins en tout cas. Lorsque je porte une minaudière Bvlgari lors d’une soirée et que je la pose sur la table, elle devient un sujet de conversation. La personne à côté de moi la remarque et me pose invariablement des questions. Par ailleurs, le fait d’être indisponible pendant un moment, n’est-ce pas là le vrai luxe?

Tubogas Large ©Bvlgari