La révolution Coty : d’Ambre Antique à Infiniment Coty
Recréé en 1905 exemplaires à l’occasion des 120 ans de la maison Coty, le tout premier ambré de l’histoire de la parfumerie moderne est en train, une seconde fois, de révolutionner le monde de la parfumerie. Décryptage avec le parfumeur Dominique Vernaz qui a recréé Ambre Antique dans les laboratoires Coty de Versoix, centre d’excellence recherche et de parfum de la maison, près de Genève, et Guerric de Beauregard, directeur de la communication prestige chez Coty. Valérie Donchez
Un tournant est pris. Peut-être encore timide pour le grand public mais les connaisseurs le savent : un nouveau chapitre s’ouvre. Coty crée un lien unique, inédit, entre un héritage encore jamais exploité, la parfumerie moderne et celle de demain, en cours d’écriture. Mais revenons 122 ans en arrière…
Leonetto Cappiello pour la Rose Jacqueminot de Coty, 1904 ©Domaine Public
De chefs d’oeuvre en chefs d’oeuvre
En 1904, François Coty crée sa maison de parfum, encore inconscient du bouleversement qu’il allait générer en devenant l’un des pères fondateurs de la parfumerie moderne.
Son premier chef d’oeuvre, la Rose Jacqueminot en 1904, est le premier soliflore de rose dans lequel il maîtrise non seulement l’art d’utiliser des absolus de fleurs, nouveaux à cette époque, mais parvient à recréer l’odeur d’une rose du jardin avec une overdose d’absolu de rose centifolia mêlé avec l’alpha ionone. Le ton est donné.
Comme l’explique Dominique Vernaz “il a réussi à créer une rose qui ne fane pas, avec un absolu de rose qui sent en fait bien plus l’artichaut que la fleur avec ses pétales et a ajouté une molécule qui est l’alpha ionone pour amener le côté naturel de la fleur qu’on sent dans le jardin.” Une première mondiale que de penser à utiliser la chimie pour obtenir un soliflore aux résultats bluffants de naturel à une époque où les parfumeurs ne faisaient que des bouquets floraux.
“C’était une rupture, une utilisation de l’alpha ionone en quantité encore jamais vue à l’époque, ajoute Guerric de Beauregard. Il a fait le même travail sur Chypre en 1917 qui a ouvert la famille des chyprés. Il n’a pas inventé l’accord chypre qui préexistait, mais il lui a donné une ampleur telle en l’enrichissant d’un cœur floral qu’il l’a universalisé en ouvrant la voie à tous les chyprés du marché. “
Chypre, 1917 ©Coty
Ambre Antique
Au milieu de ces succès nait Ambre Antique. Il s’agit du premier ambré de la parfumerie moderne que François Coty a créé en 1905. Sa formule est l’un des secrets les plus jalousement gardés de l’histoire de la parfumerie moderne, archivée dans les bureaux Coty de New York. Ambréine S (une surconcentration de vanilline associée à de la bergamote), absolus de rose, de jasmin, d’iris et de fleur d’oranger la composent.
Pour les 120 ans de la maison Coty, Dominique Vernaz et son équipe se sont lancés le pari fou de recréer Ambre Antique à l’identique (à l’exception de 2 ingrédients aujourd’hui interdits et remplacés par des substituts soigneusement sélectionnés pour reproduire au plus près leurs signatures olfactives). Il a été créé en édition limitée de 1905 exemplaires.
Quelques mots d’Ambre Antique
Si l’intéressée pouvait parler autrement que par la langue de l’olfaction, elle vous dirait : “Je suis la genèse, celle qui a révélé l’ambréine S dont on dit qu’elle a donné beaucoup de cheveux blancs au parfumeur qui a travaillé à me recréer ces dernières années. Comme beaucoup d’icônes, je suis née d’un accident il y a 120 ans. Dans les bureaux, chez Coty, j’entends parfois souffler que je suis une source d’émerveillement et seulement le début… de quoi ? A vous de deviner.”
Ambre Antique flacon de René Lalique 1910 ©DR
Le parfumeur aux cheveux un peu plus blancs
Devenu archéologue pour cette mission incroyable, Dominique Vernaz s’en est donné à coeur joie, aussi enthousiaste que lucide. Il a travaillé sur un projet unique qu’aucun parfumeur avant lui n’avait eu la chance de réaliser en une carrière. “J’ai vraiment mis mes tripes pour comprendre ces formules, pour les retravailler, pour retrouver les ingrédients, les sourcer, explique-t-il. La suite a été le fruit d’un travail d’équipe incroyable. Je ne pensais pas qu’on irait jusque-là.”
En se plongeant dans les archives à la recherche des formules originales, Dominique Vernaz a immédiatement compris que François Coty avait fait preuve de génie dès le début de sa carrière. “François Coty démarrait de zéro en parfumerie, explique-t-il, se lançant dans la parfumerie un peu par chance. Très vite, il s’est révélé être quelqu’un de très talentueux. Dès ses débuts, il s’est intéressé à “déformuler”. Il arrivait facilement à mélanger, créer des accords et à dompter la matière. Quand les absolus de fleurs sont arrivés sur le marché, à Grasse, il a su les utiliser mieux que des parfumeurs chevronnés. Il n’était pas biaisé par les formations plus classiques de ses prédécesseurs ».
François Coty photographié par André Taponier (1910) ©Domaine Public
Une capsule temporelle
Quand on demande à Guerric de Beauregard si la maison Coty a prévu une production à plus grande échelle d’Ambre Antique pour permettre aux nouvelles générations de découvrir cette merveille et de la vivre au quotidien, sa réponse nous ramène à la réalité. “Cette repesée d’Ambre Antique a vraiment été pensée en petite quantité, explique-t-il. Tout est fabriqué dans nos propres laboratoires et non en usine. Dominique a tout fait, de l’approvisionnement jusqu’à la macération, la maturation, le filtrage. Au-delà de penser à passer à une production plus importante pour le vendre à plus grande échelle, nous l’avons plutôt vu comme une capsule temporelle. C’était notre manière de ressusciter ce grand parfum.”
“On a effectivement réussi à faire revivre un parfum mythique, reprend Dominique Vernaz, en se demandant très vite “Pourquoi ne pas le faire vivre, plus que simplement revivre ?” C’est un produit merveilleux. Quand je le sens, il m’emporte. Ce qui est d’autant plus surprenant, c’est que cette formule date de 1905 mais est très actuelle, extrêmement gourmande, très addictive. On l’utilise aujourd’hui dans les notes ambrées que nous développons. Il faut la faire vivre, permettre aux gens de découvrir quelque chose d’aussi historique qui apporte aujourd’hui une vraie valeur ajoutée.”
François Coty par Adrien Barrère,1922 © Domaine Public
A la recherche des secrets de la formule
Pour réussir cet exploit, Dominique Vernaz s’est plongé au cœur des archives, véritable trésor de la maison, et a dû faire face aux usages de la parfumerie de l’époque qui était elle-même en mutation. “J’ai commencé à me demander comment François Coty avait accédé à la vanilline. Sur les produits naturels, j’ai recherché les qualités des ingrédients passés. Sur les formules, j’ai dû décrypter les annotations de l’époque, comme une annotation qui revenait régulièrement dans les notes : “PNSC”. J’ai cherché dans de nombreux livres et j’ai finalement découvert que PNSC veut dire “produit naturel sans cire”, le premier terme pour désigner les absolus, des absolus de rose, de jasmin créés vers 1895, qu’on désigne totalement autrement aujourd’hui. »
Et telle un chasseur de trésor, il est parti en quête de matières premières rares. « Je suis parti à la recherche de l’essence de bergamote présente dans Ambre Antique, dit-il. Impossible pour moi de prendre un raccourci en utilisant une bergamote plus contemporaine qui aurait risqué d’impacter le profil olfactif du parfum. J’ai donc cherché des producteurs de cette variété en Italie et j’en ai retrouvé un. De fil en aiguille, j’ai beaucoup appris, au fil de cette aventure incroyable, sur les matières premières utilisées au début du XXe siècle ainsi que sur les solvants utilisés à l’époque pour créer les absolus.”
Ambre Antique de Coty 2025, ©Coty
Les gaines intérieures rigides des robes de Christian Dior ont donné naissance à la taille appuyée des robes d’Azzedine Alaïa, qu’il resserrait encore grâce à des ceintures larges comme des corsets, © Stéphane Aït Ouarab & © Laziz Hamani
Les codes bousculés
L’ambréine S est aujourd’hui un héritage au service d’une révolution. “Cette base est un parfum à elle seule avec une personnalité incroyable, s’enthousiasme Dominique. Elle est aujourd’hui matricielle dans toutes les nouvelles créations ambrées du groupe. La recréer nous a apporté tant de fierté que nous avons décidé de l’utiliser dans des formules contemporaines. Vous pouvez la retrouver dès à présent dans 3 nouvelles créations de la marque Infiniment Coty Paris, les Osmiums ». reprend Dominique.
“Nous repartons sur des matières premières qui amènent plus de facettes, complète Guerric de Beauregard. Le travail de Dominique remet en perspective nos fondamentaux, nos racines, sur cette histoire unique. Coty est dépositaire d’un savoir-faire et d’une histoire que personne ne peut revendiquer sur le marché. Aucun acteur de la parfumerie aujourd’hui ne peut prétendre avoir un héritage aussi riche que celui de Coty. Nous avons hâte de commencer son récit au travers des Osmiums ».
Ambre Antique de Coty 2025, ©Coty
Les Osmiums, nouveau chapitre d’une trilogie inédite
Infiniment Coty se fait acteur d’une révolution majeure dans l’histoire actuelle de la parfumerie. Ces Osmiums sont des nouvelles créations basées sur des parfums existants parmi les ambrés d’Infiniment Coty. Les parfumeurs sont partis sur la base mythique d’Ambre Antique pour leur donner une épaisseur olfactive, une densité poussée à son paroxysme.
“L’osmium, explique Guerric de Beauregard, est le nom du métal le plus dense qui existe sur terre. Nous avons choisi de donner son nom d’une manière assez poétique à cette collection car les parfums qui la composent ont une concentration et une intensité inégalées. Ces trois parfums sont commercialisés en petit format de 40 ml. Les flacons et le capot bleu reprennent les codes couleurs de l’osmium, un métal bleu.”
Ces 3 parfums sont les plus concentrés de tous les parfums que Coty a jamais faits dans son histoire. « Il y contiennent 41% d’huile de parfum et intègrent la technologie Aura Moléculaire, technologie dont la société Coty est dépositaire, qui défie les règles de la volatilité des molécules olfactives en prolongeant la fidélité de caractère d’un parfum jusqu’à 30 heures ».
Après l’Amour l’Osmium ©Coty
Et demain ?
“Avec Infiniment Coty Paris, nous sommes toujours dans une tension permanente entre le passé, le présent et le futur. Nous cherchons constamment à faire dialoguer les parfums du passé avec de nouvelles interprétations de parfums au cœur de ces mêmes familles olfactives, mais d’un point de vue radicalement contemporain, voire même avant-garde, relève Guerric de Beauregard. Infiniment Coty Paris fait écho à sa manière à la raison d’être du groupe depuis sa fondation en 1904. François Coty, le père de la parfumerie moderne, a su justement faire appel à la chimie, à la science, en complément de la nature, pour offrir des possibilités démultipliées de créativité avec les molécules de synthèse utilisées en quantité dans ses parfums à une époque où personne ne le faisait ».
« Nous voulons creuser dans l’histoire de la parfumerie pour remettre les parfums mythiques en avant, poursuit-il. Nous prévoyons de dévoiler d’ici la fin de l’année une interprétation très contemporaine, voire même très avant-gardiste de l’ambré du futur à travers une création singulière. Un néo-ambré.”













