« Je travaille la couture comme la haute joaillerie »

En décembre dernier, Caroline Scheufele, la coprésidente et directrice artistique de Chopard a présenté sa troisième collection de couture. Un nouveau métier pour la Maison qui en a déjà plusieurs à son actif: l’horlogerie, la joaillerie, la maroquinerie et la parfumerie. Cette collection révèle les prouesses techniques des artisans. Isabelle Cerboneschi

Caroline Scheufele, coprésidente et directrice artistique de Chopard devant la boutique éphémère Caroline’s Couture à Genève. Les mannequins portent les modèles de la 3e collection. ©Chopard

En mai 2023, pendant le Festival de Cannes, Caroline Scheufele, la coprésidente et directrice artistique de Chopard a pris tout le monde de court. A l’occasion du défilé qu’elle organise chaque année pour présenter ses collections de haute joaillerie, elle a dévoilé sa première collection de couture qu’elle a baptisée Caroline’s Couture.

« Bien que je travaille avec les plus grands couturiers, j’ai souvent observé que mes créations, qui sont fines et délicates, n’étaient pas en parfaite harmonie avec les encolures ou les gammes de couleurs de leurs créations», confiait-elle alors. La directrice artistique a donc eu l’idée de créer des tenues qui se mariaient parfaitement avec ses parures en faisant appel à de jeunes couturiers et créateurs.

« J’ai eu envie de relever un nouveau challenge: sortir de ma zone de confort, élargir l’univers de Chopard à la couture, développer des tissus avec des teintes reflétant celles des pierres précieuses de nos parures, travailler avec des artisans aussi excellents que les nôtres et imaginer des robes et des modèles en parfaite cohérence avec mes collections de haute joaillerie. »

A l’intérieur de la boutique éphémère Caroline’s Couture, dans les Rues Basses de Genève

Ce qui aurait pu être un one shot a dépassé ses espérances. Les clientes étaient tellement enthousiastes qu’il a fallu mettre en place tout une équipe pour prendre les mesures et assurer le suivi des commandes. Derrière Caroline’s couture, il y a l’idée de créer des pièces qui vont mettre en valeur les bijoux et la femme qui les porte et cela plaît. Beaucoup.

Les tissus et les ornements sont développés spécialement pour Caroline’s Couture dans les meilleurs ateliers de France, d’Italie, de Suisse, d’Inde ou de Chine. La directrice artistique de Chopard fait notamment appel à Jakob Schlaepfer, le fournisseur historique des grandes maisons de couture, basé à Saint-Gall. Un savoir-faire qui fait écho à celui qui préside à la création des bijoux Chopard.

En décembre dernier, dans une boutique éphémère des Rues Basses de Genève, Caroline Scheufele a présenté sa troisième collection ainsi que deux capsules: l’une inspirée de la collection Insofu, la ligne de haute joaillerie qu’elle a créée avec des pierres issues d’une émeraude brute extraordinaire de 6225 carats et l’autre de la collection Ice Cube. A l’issue de la présentation, la directrice artistique s’est confiée sur ce qui est en train de devenir l’un des nouveaux métiers de Chopard.

Pour les collections Caroline’s Couture, Chopard fait appel à des artisans qui développent des tissus avec des teintes reflétant celles des pierres précieuses des parures de la Maison ©Chopard

INTERVIEW

Pouvez-vous nous parler de cette troisième collection?

Caroline Scheufele: Il s’agit de la collection qui a défilé à Cannes en mai 2025. Nous en développons une par an depuis 2023. Aujourd’hui elle est présentée avec deux capsules: la collection Insofu, que nous avons montrée en début d’année à Paris et qui s’inspire de la collection de haute joaillerie du même nom que nous avons créée avec des pierres issues de l’émeraude brute que j’avais baptisée Insofu. Nous avons utilisé une ancienne technique de « stampa catena » italienne (un imprimé chaîne, ndlr) qui floutte le motif, un peu comme les robes de la cour française du 18ème siècle. La deuxième capsule, qui a été présentée à New York, est dédiée à la collection de bijoux Ice Cube. Grâce à Jakob Schlaepfer, nous avons recréé l’effet de l’or en broderie de Saint-Gall, comme une marqueterie de métal précieux. Le résultat est spectaculaire.

Vous évoquez la collection de 2023. Avez-vous été surprise par le succès rencontré par cette première collection Caroline’s couture?

Oui j’ai été très surprise par la réaction du public, des clientes et de la presse, quand on a présenté notre première collection à Cannes en 2023. Cela fait déjà trois ans! C’était une présentation très confidentielle car il s’agit de vêtements qui sont réalisés sur les mesures des clientes, mais elle a très bien marché.

Un des modèles de la 3e collection Caroline’s Couture ©Chopard

Pensez-vous déjà à faire du prêt-à-porter?

Nous sommes en train de créer une petite collection de « ready-to-take-off-and-go» pour l’Eden Rock – St Barths à Saint-Barthélemy. Il s’agit d’une petite capsule en édition limitée avec des chemises pour la plage, des pyjamas de jour. On la retrouvera aussi à Cannes en mai 2026.

Que vous disent vos clientes? Que viennent-elles trouver chez vous qu’elles ne trouvent pas ailleurs?

Chez nous, comme avec la haute joaillerie, la cliente est au centre. Nous adaptons nos modèles à ses besoins. Si une cliente originaire du Moyen-Orient aime une de nos robes mais la préfèrerait avec des manches longues, ou sans transparence, ou avec un col plus fermé, nous allons la réaliser comme elle la souhaite. Les mannequins qui défilent mesurent 1m80 et font une taille zéro mais ce n’est pas le cas de la majorité des femmes, dans le monde entier. Or ce sont ces femmes qui priment. Je travaille la couture comme la haute joaillerie: je travaille autour de la femme, pour l’embellir, pour que l’on voit son visage et pas pour la faire disparaître dans une robe. Je crois que c’est cela que les clientes apprécient.

Un chemisier blanc sur mesure à porter de jour comme de nuit. La longue jupe de soirée est entièrement brodée d’ornements comme des émeraudes ©Chopard

Puisque Caroline’s couture se développe, avez-vous songé à créer un véritable showroom?

Oui. Nous allons structurer cette activité, mais je souhaite toujours garder ce côté très intime, cette relation en « one to one » avec nos clientes. Pendant la semaine de la couture fin janvier, nous aurons un showroom sous les toits de notre hôtel, Place Vendôme à Paris. Il va y rester un certain temps mais mon but est de trouver un lieu fixe à Paris où nous pourrons recevoir nos clientes et prendre leur mesures, parce que Paris reste la capitale de la mode. Et j’aimerais avoir un autre espace à Genève évidemment, parce que c’est là où se trouve notre maison mère et parce que la ville est très internationale. Beaucoup de nos clientes y passent.

La couture peut-elle être considérée comme l’un des métiers de Chopard à part entière?

C’est en effet un nouveau métier qui fait appel à beaucoup d’artisans. C’est impressionnant de voir le savoir-faire qui se cache derrière la création des tissus. Avec Jakob Schlaepfer, la manufacture de broderie basée à Saint-Gall, nous avons réalisé un tissu qui s’inspire de notre collection Ice Cube et le résultat est extraordinaire. Techniquement, c’est une prouesse. Et en plus c’est une maison suisse! Cela fait plaisir.

Jakob Schlaefler, la manufacture de broderie de Saint-Gall, a recréé l’effet de l’or de la collection de bijoux Ice Cube, comme une marqueterie de métal précieux

Quelle est votre pièce préférée s’il y en a une?

Un petit tailleur pantalon que j’ai en plusieurs teintes. Aujourd’hui je le porte avec un pull, mais on peut le porter aussi le soir selon la manière dont on l’accessoirise: « dress up, dress down ». J’adore aussi la grande cape de soirée Insofu qui reprend les couleurs de l’émeraude brute de 6225 carats qui a donné lieu à une collection. C’est une pièce extraordinaire que l’on peut porter avec une robe très simple. Le tissu est sublime. On met la cape dans sa valise et quand on la ressort, elle n’est pas froissée. Inutile de la repasser. Je voyage beaucoup et j’assiste souvent à des soirées. Je dois donc emporter des tenues en conséquence mais quand je défais ma valise tout est froissé. Ce manteau est parfait pour voyager.

Sur quel projet travaillez-vous?

Je travaille simultanément sur les collections haute joaillerie et couture qui seront présentées à Cannes en mai 2026. Ce qui est très intéressant, c’est que les deux mondes se parlent et la couture apporte aussi quelques idées à la joaillerie. Cet échange, c’est très beau à observer.

Derrière Caroline’s couture, il y a l’idée de créer des pièces qui vont mettre en valeur les bijoux et la femme qui les porte