L’artiste Inès Longevial réinvente le sac Lady Dior
Pour la dixième édition du projet Dior Lady Art, la Maison Dior a fait appel à dix artistes du monde entier dont Inès Longevial et leur a donné carte blanche afin de revisiter son sac iconique. L’artiste française a fait trois propositions et ses créations délicatement brodées de perles ont été présentées en décembre dans la boutique de Genève en sa présence. Isabelle Cerboneschi
En décembre dernier, dans les salons privés de la boutique Dior de Genève, un aréopage de clientes et d’amis de la maison bruissaient autour des délicates créations d’Inès Longevial. Invités à découvrir les Dior Lady Art #10, chacune et chacun s’extasiait devant la délicatesse des broderies réalisées à la main qui ornait les modèles.
Pour la dixième édition de ce projet, qui rapproche la mode et l’art, Dior a fait appel à dix artistes provenant du monde entier – Jessica Cannon, Patrick Eugène, Eva Jospin, Ju Ting, Lakwena, Lee Ufan, Sophia Loeb, Marc Quinn, Alymamah Rashed – et Inès Longevial, présente dans les salons genevois. L’occasion de découvrir le processus créatif qui l’avait menée à co-créer non pas un mais trois sacs inspirés de ses œuvres.
Inès Longevial dans son atelier ©Marion Berrin
L’intérêt, et la beauté de cette collection, tient dans le fait que chaque artiste reçoit carte blanche pour s’approprier le Lady Dior – un modèle devenu iconique depuis sa création en 1994 – et pour l’utiliser comme une toile en trois dimensions afin d‘y imprimer ses idées. Une manière raffinée de nous ouvrir les portes de leur univers. A ce jour, 99 artistes ont collaboré avec Dior depuis la naissance de ce projet qui, d’année en année, génère l’attente empressée des collectionneurs.
L’univers d’Inès Longevial est singulier. A travers ses portraits, elle tente de faire parler les visages et de transmettre les émotions qui les traversent à travers les couleurs et les ombres. Pour Dior, elle a exceptionnellement créé trois modèles, car il lui fut impossible de n’en choisir qu’un seul. Le premier dévoile un visage de femme bleu réalisé non pas avec de la peinture mais avec une broderie inédite de fils multidirectionnels. Le deuxième modèle, ourlé d’une bordure de plumes d’autruches mauves, a été composé comme un patchwork de tissus représentant vingt de ses œuvres les plus emblématiques. Quant au troisième, en version mini, il s’agit d’un patchwork en trompe l’œil entièrement brodé à la main de petites perles de verre. Un bijou.
Chaque modèle est agrémenté de charms et de l’étoile porte-bonheur de Christian Dior que l’on retrouve sur les pieds des sacs ou dans la doublure. Celles qui auront la chance de les porter s’approprieront un peu de l’œuvre de l’artiste.
Pour Dior Lady Art #10, Inès Longevial a conçu trois modèles Lady Dior: le premier en broderie de fils multidirectionels représentant un visage étoilé, le second en broderies de perles de verre et le troisième en patchwork bordé de plumes ©Marion Berrin
Assise face à l’assistance, Inès Longevial a évoqué cette aventure: « L’exercice est compliqué, mais passionnant. A Paris, on a pu voir les 100 sacs réunis et c’est fou de voir à quel point ils sont tous très différents! Chacun correspond au travail des artistes à un moment T et si je devais refaire ces trois sacs aujourd’hui, ce ne seraient pas les mêmes: ils sont le témoignage de mon œuvre à un moment donné. »
L’un d’entre eux attire l’attention par sa sigularité: il représente un visage de femme étoilé peint en bleu. L’œuvre d’Inès Longevial comporte de nombreux visages étoilés et quand l’artiste a appris l’histoire de l’étoile porte-bonheur de Christian Dior elle y a vu un clin d’œil.
Selon la légende, le 18 avril 1946, alors qu’il se rendait à un rendez-vous avec l’industriel textile Marcel Boussac qui avait accepté de financer sa maison de couture, Christian Dior a trébuché sur une étoile en métal qui s’était détachée d’une voiture à cheval. Cet homme superstitieux l’a pris comme un signe du destin. Cette étoile, qui est devenue l’un des codes de la Maison, est conservée dans le patrimoine et l’a suivie jusqu’à son dernier souffle en 1957. « Je ne connaissais pas cette histoire. J’avais déjà prévu de travailler autour de l’étoile et j’ai poussé l’idée encore plus loin: on la retrouve dans les trois sacs», confie l’artiste.
L’idée derrière ce sac Lady Dior réinventé était de retranscrire le rendu et la texture de l’œuvre initiale qui est un portrait au pastel ©Marion Berrin
De loin on dirait que le visage a été peint à grands coups de pinceau, mais quand on s’en approche on découvre qu’il s’agit en réalité d’une broderie de fils qui s’entrecroisent. « C’est une technique révolutionnaire spécialement développée pour ce sac et qui n’avait encore jamais été réalisée, explique l’artiste. Les croisements de fils créent de nouvelles couleurs, un peu comme en peinture».
S’est-elle rendue dans les ateliers pour voir comment cette broderie a été réalisée? « Malheureusement je n’ai pas pu parce que les ateliers sont en Italie, répond-elle. L’idée était de retranscrire le rendu et la texture de l’œuvre initiale qui est un pastel avec de l’essence de térébenthine. On y voit vraiment des coups de pinceau qui se contaminent d’une zone à l’autre. Et c’est ce qu’on a essayé de retrouver dans cette broderie. On m’avait proposé plusieurs autres possibilités, qui étaient tout aussi incroyables et ce fut très difficile de faire un choix tellement c’était beau! J’ai finalement choisi cette technique.»
Dior Lady Art #10, par Inès Longevial pour Dior, détail de la broderie de fils multidirectionnels qui donne le rendu de coups de pinceaux © Federica Livia
Quel rôle joue l’étoile dans son œuvre et dans ces Visages étoilés? « J’ai une pratique quotidienne du dessin et de la peinture et quand il y a des moments plus vides que d’autres, je me laisse guider par une volonté intuitive et j’en viens à ornementer les visages. Cela me permet de trouver des combinaisons de couleurs, des formes vont surgir. Le visage étoilé s’est naturellement imposé à moi il y a deux ou trois ans et j’en ai réalisé tout une série. Il n’y a pas d’histoire derrière. L’étoile, qui m’émerveillait, me permettait de composer un visage et d’y projeter des sensations, des émotions», explique-t-elle.
Les invités ont eu la chance de pouvoir prendre en main chacun des modèles et de les observer sous toutes les coutures. « Regarde, il y a même des étoiles à l’intérieur du sac! C’est tellement poétique », s’émerveille une cliente.
Dior Lady Art #10, par Inès Longevial pour Dior, détail du savoir-faire © Federica Livia
L’artiste a pris le temps d’expliquer chaque modèle. Concernant celui en patchwork, elle explique avoir appris cette technique avec sa grand-mère. « J’ai commencé à travailler le patchwork parce que j’avais besoin d’assembler mon travail et de le visualiser dans une forme d’entièreté. Et lorsque j’envisage de passer de la 2D à la 3D, ce qui était le cas avec ces sacs, j’utilise cette technique parce que j’ai l’impression qu’elle va pouvoir dire tout ce que je veux dire. Ce sac, je le voulais joyeux, débordant, et qu’il ne soit pas immédiatement compréhensible. Je souhaitais que ce soit comme un ami, un objet réconfortant, une présence, d’où le fait d’assembler tous ces charms qui font référence au travail de Niki de Saint Phalle. J’avais envie qu’il soit surprenant et qu’en le regardant, en voyant ces saynètes, comme des cartes à jouer, on ait des surprises. Chaque sac est un assemblage de tout mon travail », dit-elle.
Une collaboration avec Dior, qui ouvre les portes de ses ateliers et offre une infinité de possibilités, laisse forcément un sillage qui poursuit un artiste et son œuvre. « Depuis que j’ai travaillé sur ces sacs, je suis obsédée par les strass et les paillettes, confie Inès Longevial et en ce moment, j’ai envie de travailler sur des masques de strass et de paillettes. » Une histoire en devenir…
Concernant le modèle en patchwork, Inès Longevial explique avoir appris cette technique avec sa grand-mère ©Marion Berrin













