Hublot X Yohji Yamamoto, l’œuvre au noir
La manufacture vient de lancer un nouveau modèle – la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo – qui est une alliance avec l’un des derniers géants de la mode, un maître, Yohji Yamamoto. Un objet rare dont Julien Tornare, le CEO de la marque, raconte la genèse. Isabelle Cerboneschi
Elle est noire, noire comme un manifeste, avec des nuances sur le cadran qui évoque un motif de camouflage. Elle est d’une grande pureté et d’une certaine complexité à la fois, comme les vêtements de Yohji Yamamoto, le dernier maître de la mode.
Quand on regarde ce modèle, l’alliance de Hublot et de Yohji Yamamoto semble une évidence. Hublot est née en 1980 d’une idée disruptive, où le caoutchouc était associé à l’or. Yohji Yamamoto a présenté sa première collection à Paris en 1981, qui elle aussi était disruptive avec l’avènement du noir, des formes déconstruites sans ourlets. « Il y a, en effet, quelque chose de profondément naturel dans cette alliance, relève Julien Tornare, le CEO de Hublot. Hublot et Yohji Yamamoto sont nés presque en miroir, à un an d’intervalle, avec la même volonté de questionner les conventions établies. Les deux Maisons sont considérées comme des « rebelles intellectuels » dans leurs domaines respectifs, l’horlogerie et la mode, défiant les principes traditionnels et repoussant constamment les limites. Chez Hublot, cela a été l’Art de la Fusion dès 1980, en osant associer l’or et le caoutchouc, l’héritage et l’innovation. Chez Yohji Yamamoto, cela a été la déconstruction, le noir comme manifeste, une réponse radicale à l’ornement et à l’excès. Ce partenariat va bien au-delà d’un exercice de style. Il exprime une vision commune d’un luxe qui ne cherche pas à séduire par l’éclat, mais par la justesse, par la durée et par l’essence ».
Hublot, Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo
Revenons en arrière, en 1980. Le mode horloger souffre encore de l’avènement du quartz qui a failli avoir raison des montres mécaniques. Carlo Crocco, un entrepreneur italien, a l’idée étonnante de vouloir allier le sport et le chic, en créant la société MDM et en lançant la montre Hublot. Celle-ci reprend le design des hublots de yacht avec 12 vis et mêle de manière non conventionnelle, l’or et le caoutchouc naturel. Carlo Crocco présente ses modèles à ce que l’on appelait alors la Foire de Bâle. Il est peu de dire que l’accueil fut mitigé mais lorsque SM le roi Juan Carlos 1er s’offre un modèle, la marque gagne littéralement ses lettres de noblesse et crée le buzz.
Yohji Yamamoto, SS 19, ©Elise Toïdé
Une année plus tard, en 1981, le jeune créateur japonais Yohji Yamamoto présente sa première collection à Paris. L’accueil fut plus que frileux: la majorité des journalistes ont détesté ce qu’ils ont vu et l’ont écrit de manière peu flatteuse. A cette époque, la mode mettait en évidence les courbes des femmes, la taille était fortement marquée et les épaules très larges signées Mugler ou Montana devaient permettre aux femmes d’affirmer leur pouvoir, ou de tenter de le prendre à ceux qui n’étaient pas prêts à le leur laisser.
D’un côté il y a ces corps moulés dans des vêtements qui épousent les moindres formes, de l’autre côté, il y a un mouvement, plus qu’une mode, parti de la rue, qui impose ses déchirures, ses excès, ses désabusements: le mouvement punk. Et au milieu de cela, il y a Yohji Yamamoto qui arrive de son Japon natal avec ses envies de déconstruction et qui fait ses débuts à Paris en même temps que Rei Kawakubo, la directrice artistique de Comme des Garçons qui sera un temps sa compagne.
Leur mode sera qualifiée de « Hiroshima Chic » par leurs détracteurs qui, par un mouvement de balancier très fréquent dans le monde de la mode, deviendront rapidement leurs plus fervents admirateurs. Cet homme qui se qualifie de « créateur de vêtements » a su imposer une mode qui s’adresse non seulement au corps, mais aussi à l’esprit, avec le noir en étendard.
Julien Tornare, CEO Hublot
Alors quand on demande à Julien Tornare en quoi ce modèle est une « fusion » si l’on ose dire, entre les deux styles Hublot et Yohji Yamamoto, il répond que « la fusion est totale, parce qu’elle est pensée dès la matière. Chez Hublot, le noir est sculpté : céramique mate, volumes, textures, jeux d’ombres et de lumière. Chez Yohji Yamamoto, le noir est tissé : il vit, il respire, il accompagne le mouvement du corps. Sur la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo, ces deux approches se rencontrent. Le camouflage n’est pas décoratif puisqu’il est en relief, noir sur noir, presque invisible à première vue, mais vivant sous une lumière changeante. Le boîtier absorbe la lumière, le cadran la transforme, le bracelet mêle tissu et caoutchouc comme un dialogue entre couture et ingénierie. C’est exactement cela, l’Art de la Fusion ».
Hublot Big Bang Unico Camo Yohji Yamamoto
La Classic Fusion reprend le motif camouflage de la Big Bang Camo by Yohji Yamamoto et le noir monochrome de la GMT All Black Yohji Yamamoto. On s’interroge sur ce choix: est-ce le signe d’un renforcement de cette ligne? « Le choix de la Classic Fusion est très intentionnel, avoue Julien Tornare. C’est la collection la plus épurée de Hublot, celle qui laisse le plus de place à l’expression. Après avoir exploré l’univers Yohji Yamamoto sur la Big Bang et la version GMT, il nous semblait naturel d’aller vers une pièce plus silencieuse et plus introspective, plus contemporaine. Cette édition limitée démontre également que la Classic Fusion n’est pas une ligne secondaire, mais un terrain d’expression fort, capable d’accueillir des collaborations très conceptuelles. Elle incarne une vision plus mature, plus durable du luxe, en parfaite cohérence avec l’ADN de nos deux maisons. »
Hublot Big Bang GMT All Black Yohji Yamamoto
Cette montre n’a pas de genre affirmé. « Elle s’adresse à une clientèle qui ne raisonne pas en termes de codes traditionnels ou de genre, souligne Julien Tornare. À des femmes et des hommes sensibles au design, à la mode, à l’architecture, qui comprennent que le noir peut être une signature, pas une neutralité. C’est une pièce pour ceux qui recherchent une forme de sophistication discrète, presque intellectuelle. Des collectionneurs, mais aussi des créatifs, qui voient le luxe comme une expression personnelle, pas comme un signe extérieur. Comme Yohji Yamamoto le dit lui-même : « Le noir est à la fois modeste et arrogant. » Je suis d’accord avec lui, et cette montre c’est exactement cela ! »
Yohji Yamamoto FW 17-18 collection ©Monica Feudi













