La joaillerie se met au blanc Cloud Dancer de Pantone

En décembre dernier, Pantone® a annoncé que sa « couleur de l’année 2026 » se nommerait Cloud Dancer , le nuage dansant. Il s’agit d’un blanc très doux qui frôle l’abstention chromatique. Cette teinte nuageuse, qui calme les pensées et évoque un paysage enneigé, ou le lustre d’une perle naturelle, a toutes les qualités pour inspirer les joailliers. Catherine De Vincenti

Le blanc n’existe pas. Ou plutôt, il existe tellement qu’il englobe toutes les couleurs. Il résulte de la réflexion des longueurs d’ondes visibles : il n’absorbe quasiment rien, renvoie toute la lumière et, par un curieux paradoxe, absorbe nos certitudes. Comment traduire cette nuance ? En joaillerie, le blanc peut être doux comme une perle, gras comme un jade Mutton Fat (Néphrite), ou opaque et mystérieux comme une opale blanche. Il peut rassurer, flatter ou manquer cruellement de peps.

En décembre dernier, Pantone® a annoncé que sa « couleur de l’année 2026 » se nommerait Cloud Dancer, le nuage dansant

Le Pantone Matching System (PMS)

Pantone et son PMS (système de correspondance) n’est pas un oracle tombé du ciel mais un formidable outil de synchronisation du goût et des couleurs. Un métronome visuel qui permet à la mode, au design, à la beauté et, avec un léger temps de latence, à la joaillerie de parler d’une seule voix. On peut lever les yeux au ciel devant Cloud Dancer, mais le fait est là : Pantone dicte, et le marché suit.

Suzanne Belperron, bague en cristal de roche dans laquelle est serti un diamant, taille navette, env. 3.75 cts. Exceptionnel jeu de transparences au sein d’un seul bijou, daté entre 1932 et 1940, illustrant sa technique innovante de « pierre noyée », utilisant un minimum de métal pour que les pierres précieuses semblent flotter. Photo ©Belperron

Que faire de Cloud Dancer ?

Le monde des pierres précieuses a un avantage sur d’autres disciplines : le diamant y a longtemps été roi. Comme Cloud Dancer, il joue sur l’absence de couleur, mais en ajoutant un effet de transparence, de brillance et de feux que la nouvelle couleur de Pantone ne peut pas approcher. Dans le moindre bijou, le diamant pousse son avantage et sa supériorité. Mais les pierres et matières organiques blanches, souvent opaques ou translucides, sont beaucoup plus nombreuses que vous ne le pensez. Chacune a son charme propre, subtil, discret, capable de tenir tête à Cloud Dancer dans l’univers feutré du bijou.

Bijou d’épaule ©Melanie Georgacopoulos

La perle, matière organique si précieuse

« La perle ! », s’est immédiatement écriée Laurence Janin-Schlemmer, journaliste et créatrice du podcast « Laur’loge à l’heure du luxe », alors que nous devisions sur le raffinement du blanc. Et quelle richesse créative : perles rondes, baroques, petites ou grandes, aux tons variés, au lustre éclatant ou subtilement mat. Longtemps laissée pour compte, a retrouvé ses galons depuis quelques années déjà, grâce à des créatrices comme Mélanie Georgacopoulos. Quant à l’ivoire si, de nos jours, il est protégé par la CITES (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction), dite aussi Convention de Washington, il a largement été utilisé jusque dans les années 80 pour la bijouterie qui s’émancipait de la joaillerie traditionnelle. René Lalique, à cheval sur le XIXe et le XXe siècle, s’en est abondamment servi pour ses mini-sculptures émaillées, alliant virtuosité et délicatesse.

Lalique, Broche Noeud et Perle. Cette broche du début du XXe siècle représente des petits nœuds endiamantés et une extraordinaire perle baroque. Photo ©Arts in the City

Une pierre Art-Nouveau

Durant la période de l’Art Nouveau (1890-1910), certains créateurs ont privilégié des pierres plus douces que le diamant, un brin languissantes, indolentes, presque ternes. La couleur vibrait alors grâce à l’émail. Quelle gemme mieux que la Pierre de Lune, entre autres, illustre parfaitement cette description ? Translucide à opaque avec ou sans adularescence bleutée ou effet arc-en-ciel, cette pierre montre peu d’intérêt dans ses qualités blanchâtres, moyennes à médiocres. Parfois animée d’un léger effet « œil de chat », elle est parfaite pour évoquer un paysage d’hiver.

Broche cristal de roche, saphirs, brillants et Sphène, monture Chaumet. La monture, signée Chaumet, met en valeur les pétales satinés de la broche en cristal de roche et du Sphène central (un silicate de calcium et titane dont la palette de couleur varie du jaune-vert au vert-brun) et dont le feu surpasse celui d’un diamant ou d’un grenat démantoïde. Photo ©CdV Consulting. Collection privée.

Le « jade Mutton Fat »

Sous le nom de jade se cachent en réalité deux pierres distinctes : la jadéite et la néphrite, souvent confondues mais profondément différentes dans leur structure. Le jade Mutton Fat est, en fait, une néphrite au blanc crémeux légèrement translucide, au poli satiné et à l’aspect visuel « gras » si recherché en Chine impériale. Alors que la jadéite à la structure cristalline fine et compacte, permet d’afficher des couleurs franches et saturées, des blancs très purs, à l’éclat parfois clinquant, la beauté du jade « Mutton Fat » réside dans la profondeur, la douceur et la sensation presque charnelle de la matière. C’est un jade de contemplation, souvent utilisé en plaques sculptées et ajourées, vénéré en Chine depuis des millénaires

Collier de perles, or blanc et diamants ©Statement

Cloud Dancer n’appelle pas à l’ostentation mais à la nuance. Il privilégie les matières qui diffusent la lumière plutôt que celles qui éblouissent. En cela, il est parfaitement compatible avec une joaillerie qui cherche à rassurer, à durer, à traverser les saison sans faire trop de bruit. Un peu comme la neige se dépose sur les paysages avoisinants, apportant avec elle son silence et sa paix.