Mosaert, dans les nuages

Paul Van Haver, alias Stromae, sa femme Coralie Barbier et son frère Luc lancent leur sixième capsule de vêtements sous le label Mosaert. Une collection douce et vertueuse qui fait la part belle aux matières recyclées et au coton 100% bio. Isabelle Cerboneschi

Mosaert Collection 10 Logo

Au départ il y avait Paul Van Haver, alias Stromae, le fameux chanteur belgo-rwandais qui a réussi à générer un amour quasi inconditionnel de la part d’un public de tout âge. Coralie Barbier, qui dessinait ses costumes de scène, est devenue sa femme et la mère de leur enfant. Et puis un jour ils se sont dit que c’était dommage de ne créer des vêtements que pour le chanteur. Ils ont lancé leur première collection, entièrement fabriquée en Europe, sous le label Mosaert, soit un anagramme de Stromae, au sein duquel on rencontre aussi Luc Junior Tam, le frère du chanteur, et directeur artistique. 

Leur sixième collection est douce, confortable et donne envie de s’y lover. Elle est en coton 100% bio et en matières recyclables. Elle met en valeur le nouveau logo du label, un nuage tricolore, aux teintes pastels, qui symbolise les trois activités du label Mosaert : la musique, la mode et l’audiovisuel.

Nous nous étions rencontrés à Paris lors du lancement de la troisième collection, mais pour parler de celle-ci, quarantaine oblige, l’entretien s’est fait par audioconférence. La nouvelle normalité de ce métier, visiblement.

INTERVIEW

La collection semble tellement douce, réconfortante, comme un doudou rassurant les grands enfants ballottés que nous sommes devenus depuis quelques mois. Était-ce voulu ?

Coralie : Le coté douillet chaleureux, était voulu. Il correspond au choix de notre nouveau logo nuage, qui a un coté cocon rassurant, même si ce n’était pas notre première intention. Nous voulions créer un logo pouvant représenter les trois principales activités du label : la musique, l’audiovisuel et la mode. Ce n’est pas si facile car ces trois activités sont assez différentes. Nous voulions évoquer le processus créatif, qui s’apparente à l’imagination, au rêve, d’où le nuage.

La collection est née avant le confinement et pourtant elle donne l’impression d’avoir été créée pendant. Comme si les créateurs avaient le talent d’anticiper des temps à venir dont ils ne connaissent rien. Quand on crée, a-t-on des intuitions qui nous mènent vers un futur possible sans le savoir ?

Paul : La collection avait été dessinée bien avant, mais pour des raisons de logistique, la production a été interrompue par le confinement.
Coralie : Comme nous travaillons avec des usines européennes, en Belgique, en France, au Portugal, tout a été ralenti pendant le confinement. En ce qui concerne une possible anticipation, j’aimerais bien avoir cette vision du futur, mais je ne l’ai pas. On a toujours opté pour des vêtements confortables, déjà parce que nos collections sont unisexes et doivent fonctionner aussi bien pour l’homme que pour la femme, ce qui nous impose des contraintes de coupe. On avait une grosse envie de créer une capsule 100% éco-responsable et elle s’est créée autour des matières, alors que normalement, on part des motifs dessinés par nos graphistes. Notre challenge était de travailler avec des matières nouvelles, chouettes, innovantes, mais écologiques. Or le choix est moins large.
Luc : Pouvoir toucher un large public, c’est toujours une récompense à nos yeux. Dans l’activité «vêtements » du label Mosaert, on souhaite toujours garder ce qui fait notre force, à savoir faire des pièces singulières, mais qui sont plus facilement mettables. C’est aussi ce qui nous a amenés à ces tons doux, ces teintes un peu passées.

On a envie de se lover sur ce nuage aux couleurs de Barbabapa. Est-ce que, comme l’effet d’une pensée magique, quand on porte vos vêtement, on est immunisé non pas contre le virus, mais contre la morosité ?

Coralie : Coralie : Chez Mosaert, on a l’envie de vêtements ludiques. Même si j’avais dû créer cette collection pendant le confinement, je pense qu’elle n’aurait pas été très différente. On ne se prend pas trop au sérieux, on veut que ce que l’on fait soit aimé et compris par tous les âges, de 7 à 70 ans. Il y a toujours un aspect positif dans nos collections ou la manière dont on les présente.

Mosaert Capsule 10

Votre choix de mannequin est inclusif, ce qui a toujours été le cas chez vous. Que pensez-vous de manière dont les marques surfent sur cette actualité ?

Paul : C’est Coralie qui fait le choix des mannequin et le reste de l’équipe donne son avis. Notre toute première photo représentait une famille à moitié blanche et à moitié noire. C’est sans doute dû à nos origines. En tout cas cela nous paraît logique, mais nous ne cherchons pas à surfer sur l’actualité.
Coralie : Le fait qu’aujourd’hui les marques se forcent à être inclusives permettra peut-être que cela devienne la norme. Il est vrai que, quand on se rend dans les kiosques, les couvertures de magazines ne sont pas les mêmes qu’il y a un an. Mais n’est-ce pas un passage obligé, lorsqu’un profond changement s’opère ? Pour bousculer les choses, tout le monde doit y mettre du sien. Et même si cela peut ressembler à de la récupération, si cela peut faire avancer les choses, je ne suis pas contre. Nous avons toujours travaillé avec des mannequins professionnels et non professionnels, avec des personnes âgées, etc. Cela n’est pas un débat au sein de Mosaert.
Luc : Il y a quelques années, lorsqu’on utilisait un mannequin atypique, c’était une sorte de “statement”. Avec le temps cela permettra de voir différents profils représentés dans la mode.
Coralie : Avant, les mannequins utilisés pour représenter la mode, représentaient une minorité de la population. Quand on marche dans la rue, on n’est pas entouré de personnes comme on les voit sur les couvertures des magazines. Offrir une alternative, plus proche de la réalité, cela ferait du bien à l’ego de tout le monde.

Le confinement a mis en lumière les dysfonctionnements de l’univers de la mode. Or aujourd’hui, les gens se renseignent et ne supportent plus les mensonges. Votre choix d’utiliser des matériaux recyclés a-t-il été dicté par l’époque ?

Paul : C’est une question qui nous taraude depuis quelques années. Nous avons pris  ce virage grâce à Roxane, notre responsable de production. Cette question lui tient à coeur et à nous aussi. C’est elle qui était chargée de trouver les nouvelles matières et elle s’y est attelée avec Coralie. Entretemps, nous avons eu un enfant, Coralie a pris un congé maternité. Nous avons tous pris du recul. C’était l’occasion d’amorcer un vrai virage écologique. C’est une réalité qu’il faut prendre en considération aujourd’hui. On n’a plus le droit de ne pas y prêter attention. C’est peut-être plus facile pour une marque comme la nôtre, car nous créons de petites quantités, et plus compliqué pour de grosses boîtes. Je ne veux pas les pointer du doigt. Pour nous, c’était un devoir.
Luc : Notre démarche s’inscrit dans la suite logique de ce que l’on fait depuis le départ. Réduire l’empreinte écologique de l’industrie textile, cela passe aussi par une production locale, en petite quantité, or c’est ce que nous faisions déjà. Les matières écologiques nous attiraient depuis longtemps. La période nous a permis de trouver le temps et l’opportunité de le faire.
Paul : L’aspect éthique était déjà présent dans nos précédentes collections et l’aspect écologique est une suite logique qui participe au développement de la marque.

Choisir des matières durables c’est plus facile pour une marque indépendante que pour un groupe. Parfois, les grandes marques auraient tout à gagner de s’inspirer des stratégies des indépendants. Avez-vous des solutions qui pourraient être appliquées de manière plus globale ?

Paul : Je ne vais pas essayer de me mettre à la place des grandes marques. Pour nous, ce n’est pas si compliqué que cela. Et nous avons la chance de travailler avec des fabricants qui ont décidé de faire des matériaux recyclés et recyclables.
Coralie : Si les grandes chaînes passent à l’écologique, cela aura un impact sur toute l’industrie, et les petites marques auront plus facilement accès à des matières spéciales. Les groupes ont les moyens de développer de nouvelles matières. Si vous regardez notre ensemble rose et bleu, il a été réalisé dans une matière très technique par un fabricant de tissus en Belgique, à partir de vieux tapis d’hôtels et de filets de pêche. Mais ces tissus ont des coûts assez élevés car ils sont rares. Les grandes chaînes ont d’énormes moyens et pourraient en utiliser une partie pour participer au développement de nouvelles matières écologiques. Ainsi ces tissus pourraient se retrouver sur le marché afin tout monde puisse y avoir accès. Cela relève de leur responsabilité. On doit tous s’y mettre, chacun à son échelle.
Luc : Pouvoir proposer des vêtements écologiques, singuliers mais à un coût qui reste abordable, c’est notre fantasme. Certaines matières, avec les petites quantités que l’on produit fait, restent chères. Les grands groupes peuvent participer à cet effort mais leur business model jure avec cette transition écologique.
Paul : Ce serait super qu’un jour on ne soit plus obligé de mettre en avant le fait qu’une collection est écologique et que ce soit acquis pour tout le monde.

Coralie, vous avez évoqué des matières particulières, pouvez-vous nous dire en quoi elles sont faites  ?

Coralie : Nous utilisons du textile recyclé et du coton biologique. Notre plus gros challenge, c’est de trouver de la matière recyclée car c’est une industrie en cours de développement. Le petit sous-pull moulant est fait à base de tapis d’hôtel et filet de pêche, comme les trainings. Notre t-shirt, lui, est un mélange de coton biologique et de polyester recyclé provenant du textile. Tout le reste est du coton bio. Nous devons à nos clients de maintenir une certaine qualité or, par exemple, on ne peut pas faire des chaussettes en coton recyclé car les fibres sont trop courtes et la qualité est mauvaise. On préfère dans ce cas le coton bio.

Le monde d’après, cela vous évoque quoi ?

Paul : J’ai l’impression qu’il est déjà assez défini : on va vivre avec le Covid pendant encore un an, d’après ce que l’on dit. La transition écologique ne peut que se développer d’avantage.
Luc : Le lockdown a permis à de nombreux professionnels de remettre en cause leur mode de fonctionnement. Nous traversons une période particulière. Pour certains, c’est devenu très compliqué, mais il y a plein de jeunes entrepreneurs qui voient dans ce changement de nouvelles opportunités. Le monde d’après sera empreint de cette période de remise en question et de découvertes de nouvelles manières de faire, que ce soit dans la mode, ou dans plein d’autres domaines.